Felicita Vintage

Felicita VintageDécennies › Années 80

La mode des années 80 pour femme

La décennie se lit à l'épaule. Elle commence pourtant en douceur, par la salle de danse, avant que le tailleur ne prenne toute la place et qu'un contre-courant venu de Tokyo et d'Anvers n'installe l'exact opposé.

Décennies
1980 à 1989
Lecture 7 minutes

Gilet court crocheté en bleu cobalt à rayures colorées, 1983 ou 1984
Gilet court crocheté en bleu cobalt à rayures colorées, 1983 ou 1984Marianne Grootenboer, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

On résume souvent la décennie à ses épaulettes, ce qui revient à ne regarder que sa seconde moitié. Le début des années 1980 est doux et souple : le vestiaire vient de la salle de danse, avec des sweat-shirts au col décolleté et des leggings, une allure que le film Flashdance installe partout en 1983. L'épaule rembourrée arrive ensuite, et elle arrive avec une intention.

Le tailleur comme armure

Au milieu et à la fin de la décennie, les vêtements à épaules fortement rembourrées et à couleurs vives dominent ce qu'on a appelé le power dressing. Un tailleur de cette période se reconnaît à deux choses : la largeur d'épaule, et l'asymétrie assumée des découpes. Thierry Mugler pousse la ligne d'épaule à son extrême en 1986. Christian Lacroix travaille dans l'autre direction, par le volume et l'ampleur.

En 1983, Karl Lagerfeld prend la direction artistique de Chanel et signe une veste en cuir à boutons dorés qui deviendra une signature de la maison. La décennie entière tient dans ce geste : reprendre un vêtement connu, l'élargir aux épaules, le durcir de métal.

L'épaule des années 80 n'est pas un ornement. C'est une posture, cousue.

Le corps moulé par le Lycra

L'autre silhouette de la décennie est exactement inverse : le corps suivi de près. Versace popularise le body dès sa collection du printemps et de l'été 1980. Donna Karan et Azzedine Alaïa emploient le Lycra en 1986 et 1987 pour des robes qui tiennent au corps sans structure interne. La matière remplace la construction, et c'est une rupture technique autant qu'esthétique.

Cinq marqueurs de la décennie

  1. Épaule large et rembourrée, du milieu à la fin de la décennie.
  2. Couleurs franches et découpes asymétriques.
  3. Jersey extensible et Lycra pour les lignes près du corps.
  4. Vestiaire venu de la danse au début de la décennie.
  5. Contre-courant sombre et déconstruit venu du Japon et de Belgique.

Londres, une collection par saison

Vivienne Westwood passe du magasin au défilé et enchaîne les collections datées : Pirate pour l'automne et l'hiver 1981, sa première collection présentée en défilé, Buffalo Girls l'année suivante, Witches en 1983, Hypnos au printemps 1984, Mini-Crini au printemps 1985, Harris Tweed en 1987, Time Machine en 1988, Voyage to Cythera en 1989. La Mini-Crini marque un basculement vers la coupe tailleur et la relecture de l'histoire du costume : sa jupe courte en cloche croise la robe de fête d'enfant et la crinoline victorienne abrégée.

Robe droite à ceinture, silhouette de 1981

Le contre-courant, qui prépare la décennie suivante

À partir des années 1980, un minimalisme porté par des créateurs japonais et belges prend le contrepied complet du tailleur coloré. Rei Kawakubo, avec Comme des Garçons, en est la figure la plus connue. Ce courant n'est pas une note de bas de page : c'est lui qui donne le ton du dépouillement des années 90.

Ce que la décennie a laissé

Trois choses tiennent encore. La construction d'épaule, qui revient périodiquement. Le jersey extensible, qui n'a jamais quitté le vestiaire. Et le principe du vêtement de travail pensé comme une affirmation, qui a survécu à toutes les largeurs d'épaule.

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