Felicita Vintage

Felicita VintageSavoir-faire › Reconnaître une vraie pièce vintage

Reconnaître une vraie pièce vintage

Une pièce ancienne ne se reconnaît pas au style, qui se copie, mais à ce que la loi obligeait à écrire dessus au moment de sa fabrication. Ces obligations ont des dates. Elles se lisent sur l'étiquette.

Savoir-faire
Repères de datation
Lecture 8 minutes

Chemise oversize, silhouette des années 90

Une coupe se refait, un tissu s'imite, une usure se fabrique. Le seul élément d'un vêtement qui résiste à la copie est l'étiquette réglementaire, parce qu'elle n'a jamais été là pour plaire : elle répond à un texte de loi daté, et ce texte a changé plusieurs fois entre 1970 et 2009. Savoir quand chaque obligation est entrée en vigueur donne des bornes, et les bornes valent mieux qu'un avis.

L'étiquette d'entretien, obligatoire aux États-Unis depuis 1971

La Commission fédérale du commerce américaine a adopté sa règle d'étiquetage d'entretien le 16 décembre 1971, et l'a modifiée le 20 mai 1983. Cette règle impose une étiquette permanente, fixée de façon à ne pas se séparer du vêtement et à rester lisible pendant toute sa durée d'usage. Elle doit donner au moins une méthode d'entretien complète, ou dire que le vêtement ne peut pas être nettoyé, et avertir de ce qui l'abîmerait.

Une pièce fabriquée aux États-Unis qui ne porte aucune étiquette d'entretien cousue n'a donc pas été produite sous cette règle. Une pièce qui en porte une, avec des instructions en toutes lettres et sans aucun symbole, se situe le plus souvent du côté américain de l'Atlantique : la règle américaine s'écrit en mots, le système européen s'écrit en dessins.

La loi n'a pas cherché à dater les vêtements. Elle l'a fait sans le vouloir.

Les cinq symboles d'entretien, un système né en 1963

Le groupement international d'étiquetage pour l'entretien des textiles a été créé à Paris en 1963, avec la Belgique, les Pays-Bas, l'Allemagne fédérale, la France et la Suisse parmi les pays fondateurs. Il détient les symboles d'entretien comme marques déposées. Le système compte cinq familles, toujours dans le même ordre : le lavage, le blanchiment, le séchage, le repassage, l'entretien professionnel. Le chiffre inscrit dans le baquet est la température maximale de lavage en degrés Celsius, et les barres sous un symbole demandent un cycle plus doux.

L'organisation internationale de normalisation accompagne ce système depuis 1970, face aux codes concurrents développés à l'époque aux États-Unis, au Canada et au Japon. La version en vigueur de la norme, publiée le 6 décembre 2023, s'intitule Textiles, code d'étiquetage d'entretien au moyen de symboles.

La composition, écrite en Europe depuis juillet 1971

La directive européenne du 26 juillet 1971 sur les dénominations textiles a imposé l'étiquetage de la composition à chaque mise sur le marché, dans le cycle industriel comme dans le cycle commercial. Son article 9 exigeait déjà qu'un vêtement composé de plusieurs parties de compositions différentes porte la teneur en fibres de chacune.

Le règlement européen de 2011 qui l'a remplacée durcit et précise. Son article 9 demande la dénomination et le pourcentage en poids de toutes les fibres, rangés du plus fort au plus faible. Son article 7 réserve les mentions « 100 % », « pur » et « tout » aux produits d'une seule fibre, avec une tolérance de deux pour cent. Son article 8 n'autorise les appellations de laine vierge que pour une laine jamais incorporée à un produit fini, et, dans un mélange, seulement à partir de vingt-cinq pour cent en poids. Son article 12 impose la phrase « Contient des parties non textiles d'origine animale » quand c'est le cas.

Les six lignes à lire sur une étiquette

  1. La composition en pourcentages, du plus fort au plus faible.
  2. Les cinq symboles d'entretien, dans leur ordre.
  3. Le pays de fabrication.
  4. Le nom ou le numéro d'enregistrement du fabricant.
  5. La taille, et le système dans lequel elle est écrite.
  6. Toute mention de syndicat ou de fédération professionnelle.

Le syndicat américain, une borne nette à 1995

Le syndicat international des ouvrières du vêtement, fondé à New York le 3 juin 1900, a compté jusqu'à quatre cent cinquante mille membres. Ses effectifs ont fondu à partir des années 1970, quand la production américaine est partie vers l'Asie et l'Amérique latine. En juillet 1995, il a fusionné avec le syndicat des travailleurs du textile et de l'habillement pour former une organisation nouvelle, forte d'environ deux cent cinquante mille membres aux États-Unis, au Canada et à Porto Rico.

Une étiquette syndicale au nom de l'ancien syndicat borne donc la pièce : elle a été cousue avant l'été 1995. C'est le repère le plus franc de toute la garde-robe américaine de la période.

Manteau à carreaux, silhouette de 1989

Le pays de fabrication, et la bascule de 2005

Le commerce mondial du textile a été contingenté par quotas pendant des décennies. L'accord sur les textiles et les vêtements est entré en vigueur le 1er janvier 1995 et a organisé la levée de ces quotas en trois étapes : seize pour cent des importations intégrées entre 1995 et 1997, dix-sept pour cent de plus entre 1998 et 2001, dix-huit pour cent de plus entre 2002 et 2004. L'accord a pris fin le 1er janvier 2005, et tout le reste a été intégré ce jour-là.

Cette date sépare deux mondes. Avant, la production était dispersée par les quotas entre un grand nombre de pays. Après, elle s'est concentrée. Un pays de fabrication inattendu sur une étiquette n'est donc pas une anomalie : c'est souvent la trace de cette période de quotas, et un indice de datation.

Le numéro d'enregistrement du fabricant

Une pièce vendue aux États-Unis porte le nom complet de l'entreprise responsable, ou un numéro d'enregistrement délivré par la Commission fédérale du commerce. Un seul numéro est attribué par entreprise, ce qui permet de remonter à elle quand la marque a disparu. Les numéros propres aux produits de laine, eux, ne sont plus délivrés : leur présence signale une pièce ancienne, sans dire à elle seule laquelle.

Ce que ces repères ne disent pas

Aucun de ces éléments ne donne une année. Ils donnent des bornes, et plusieurs bornes qui se recoupent valent une datation. Une pièce dont l'étiquette de composition suit le règlement européen de 2011, dont les symboles suivent l'ordre en cinq familles, et dont le pays de fabrication est un pays de production concentrée, ne peut pas être une pièce des années 1970 : elle en a peut-être la coupe, mais pas les papiers.

Le reste du travail se fait à la main et à l'oeil, sur la coupe et sur la matière. C'est un autre métier, et il commence là où celui-ci s'arrête.

À lire
ensuite