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Reconnaître les fibres, et ce que chacune craint

Savoir de quoi une pièce est faite est le premier geste des conservateurs, avant le nettoyage et avant le rangement. La fibre commande tout le reste, et une pièce ancienne n'a pas toujours son étiquette.

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Pull à col roulé en laine verte, tricoté au point de côtes anglais
Pull à col roulé en laine verte, tricoté au point de côtes anglaisMuseum Rotterdam, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

L'identification de la fibre est présentée par les conservateurs comme la première étape pour prévoir le comportement d'un textile dans un environnement donné. Elle guide le traitement à appliquer et la façon de le ranger. C'est un ordre de priorité, pas un détail de curieux : se tromper de fibre, c'est se tromper de tout ce qui suit.

Les deux méthodes des conservateurs

Deux façons simples et pratiques sont employées pour identifier les quatre fibres naturelles les plus courantes des collections occidentales, le coton, le lin, la soie et la laine : l'examen au microscope et le test de combustion, qui consiste à brûler quelques fibres prélevées dans une couture et à observer la flamme, l'odeur et le résidu.

Le test de combustion se pratique sur quelques brins seulement, prélevés dans une réserve de couture invisible, jamais sur le vêtement en place. Il est destructif par nature, et il n'a de sens que sur une pièce dont on ne sait rien.

Le nom de la fibre n'est pas une curiosité de fiche technique. C'est le mode d'emploi.

Les protéines : la laine et la soie

La laine et la soie sont des fibres protéiques. Les larves de mites et d'anthrènes s'en prennent d'abord à la laine, qui est une fibre protéique kératinique. La soie, elle, souffre surtout de la lumière. Les deux sont particulièrement vulnérables au chlore : une eau de Javel, même très diluée, même en machine, les attaque directement.

Les cellulosiques : le coton, le lin et la viscose

Le coton, le lin et la viscose sont des fibres cellulosiques. Elles sont particulièrement vulnérables aux moisissures, ce que les protéines peuvent être aussi, mais moins. Le coton et la viscose sont également sensibles à la lumière, en particulier au soleil, qui fait perdre à la couleur son intensité.

Le jaunissement d'un textile clair est un signal précis : il indique que les fibres ont subi une photooxydation, c'est-à-dire une dégradation par la lumière, et particulièrement par les ultraviolets. Ce jaune n'est pas une salissure et ne part pas au lavage.

Cinq réflexes selon la fibre

  1. Laine : la ranger propre, l'ennemi est l'insecte.
  2. Soie : la garder à l'ombre, l'ennemi est la lumière.
  3. Coton et lin : les garder secs, l'ennemi est la moisissure.
  4. Viscose : ombre et sécheresse, elle cumule les deux faiblesses.
  5. Laine et soie : jamais de chlore, sous aucune forme.

Le cas des mélanges

Un vêtement fait de plusieurs fibres se traite par la plus fragile, jamais par la plus solide ni par la majoritaire. Un tissu de coton contenant un quart de soie se range à l'ombre, comme de la soie. C'est aussi pour cette raison que l'ordre des pourcentages sur une étiquette de composition, du plus fort au plus faible, ne suffit pas à décider seul.

Ce que la fibre ne dit pas

Elle ne dit pas l'âge de la pièce, ni sa valeur. Une viscose des années 1970 et une viscose d'aujourd'hui se comportent pareil, et c'est justement l'intérêt : ce chapitre est le seul du magazine qui ne dépende d'aucune date.

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